Project par Youri Kravtchenko, Elsa Audouin, Raphael Bonbon et Nobuyoshi Yokota | Photo par Alicia Dubuis

Sur ce port discret du Léman, où fut lancé en 1876 le Gitana, yacht à vapeur fondateur d’une lignée nautique devenue mythique, s’élève aujourd’hui une auberge. Elle occupe un seuil : entre l’eau et la terre, entre la mémoire industrielle du lac et l’horizon montagneux du Mont-Blanc, visible comme en reflet permanent. Conçu par Atelier Bal.e, le bâtiment cadre ces paysages à travers de larges baies vitrées et des balcons qui prolongent le regard, tandis que l’intérieur en recueille les échos sous forme d’objets, d’œuvres et de fragments narratifs.

À Port-Gitana, le voyage n’est pas un thème mais une condition. Voyage des visiteurs de passage, déplacements latents entre lac et montagne, circulation d’images issues des hôtels balnéaires de la Belle Époque, mais aussi trajectoires plus personnelles : celles de l’architecte Youri Kravtchenko, entre le Brésil et les marchés aux puces européens. L’auberge fonctionne ainsi comme un montage, où souvenirs, références et gestes contemporains coexistent sans hiérarchie.

Les œuvres participent pleinement à cette construction. Dans la salle du restaurant, Les Crafties déploient deux toiles monumentales en patchwork textile, à la fois décor et surface active. Le lobby accueille des pièces du designer Axel Chay, tandis qu’une œuvre cinétique de Jean-Benoît Vetillard surplombe le bar, introduisant une dimension de mouvement discret. Les chambres prolongent ce dialogue par la présence d’artistes brésiliens — Guilherme Milward, Samantha Capatti et Gustavo Francesconi — inscrivant l’hospitalité dans un réseau élargi de géographies et de sensibilités.

Les espaces communs s’organisent autour de banquettes habillées de toiles colorées, évoquant les intérieurs de voiliers, associées à des tables en marbre et en bois, dans une relecture sobre de la brasserie contemporaine. Chaque chambre affirme sa propre palette chromatique. On y trouve des salles de bain à l’atmosphère minérale, des têtes de lit enchâssées dans des alcôves en bois massif, parfois orientées directement vers le lac. Autant de micro-paysages intérieurs, pensés comme des lieux de pause, de regard et de mémoire.